Ce n'est pas tous les jours qu'une usine de confection de vêtements est relancée au Québec. Or, c'est exactement ce qui arrive aux Confections de Beauce, à Saint-Côme-Linière. Les nouveaux propriétaires des lieux sont Eric et Yacov Wazana, connus pour leurs jeans extensibles de marque Second Denim, surnommés les Yoga Jeans, a appris Les Affaires. Une acquisition qui leur permettra enfin de suffire à la demande mondiale.

Ironiquement, c'est la fermeture des usines concurrentes de Groupe RGR, en juillet 2011, qui a provoqué cette renaissance. À la veille de perdre le sous-traitant dont leur entreprise dépendait tant, les frères Wazana avaient un choix à faire : confier la production de leurs jeans à une manufacture ailleurs dans le monde (en Chine ou à Los Angeles) ou acheter une usine au Québec et faire le boulot eux-mêmes.

Face à ce dilemme, ils ont choisi l'option qui, sur papier, était la moins avantageuse financièrement, selon le consultant embauché pour l'occasion. Ils sont loin de le regretter. «C'était dégoûtant de voir combien c'était moins cher d'importer nos jeans de Chine. Mais je suis content d'avoir résisté à la tentation. Je crois en l'avenir du vêtement au Québec et au Canada. Il faut conserver notre expertise, nos installations», raconte Eric Wazana.

Malgré des coûts de production 2,5 fois plus élevés, la proximité est un atout «qui n'a pas de prix» dans un secteur comme la mode où il faut toujours s'adapter rapidement aux tendances, ajoute l'entrepreneur. La fabrication en Beauce permet de réapprovisionner les magasins en cinq semaines, plutôt qu'en six mois, voire huit. Les acheteurs des boutiques peuvent effectuer de petites commandes, ce qui permet d'éviter les soldes qui rognent les marges de profit.

Étonnement total

Le duo d'entrepreneurs a acquis l'immeuble des Confections de Beauce - fermé depuis l'automne 2010 après avoir desservi des géants américains comme Gap et J. Crew - à la mi-mars pour un million de dollars, ainsi qu'une partie des équipements du Groupe RGR «à bon prix, puisque personne n'en voulait». En tout, l'investissement frôle les 2 M$, financé par la BMO, Investissement Québec et EDC. Il faut cependant savoir que la production avait débuté bien avant, soit à l'automne (les locaux avaient été loués en attendant l'officialisation de la vente).

L'ex-propriétaire de l'usine, André Simard, est on ne peut plus étonné par la tournure des événements. «Je suis très surpris. J'espérais une relance, mais c'est un étonnement total que ce soit exactement dans la même production que le mienne, car l'industrie est en déclin.»

Il n'est pas le seul à se réjouir de la relance de l'atelier Les Confections de Beauce. «C'est carrément une bonne nouvelle», se réjouit le maire de Saint-Côme-Linière, Yvon Paquet, qui raconte avoir été «agréablement surpris de voir des bureaux administratifs vides et 42 couturières à l'oeuvre». «On est fiers de ces emplois-là. Et si ça peut monter à 100, ce serait extraordinaire ... J'ai serré la main aux frères Wazana. J'ai confiance. Ils savent où ils s'en vont. Il n'y a pas plus de chefs que d'Indiens.» Sa ville consent une aide financière pour chaque emploi créé, jusqu'à concurrence d'un montant équivalent aux taxes foncières annuelles, précise-t-il.

Eric Wazana confie qu'il a suggéré à plusieurs marques canadiennes qui sous- traitent leur production en Chine de s'associer à lui dans cette aventure et de rapatrier leur production ici, mais sans succès. «Je leur ai présenté le projet sur un plateau d'argent. J'étais certain qu'ils diraient tous oui. Je suis très déçu. Personne n'a embarqué. Ils sont trop capitalistes à mon goût.»

Expansion internationale

En plus de coudre ses propres jeans, l'homme d'affaires a convaincu jusqu'ici quatre détaillants canadiens de lui confier la production de leur marque privée de jeans. C'est «un modèle qui a du sens», croit-il, car son usine prouve chaque jour avec ses Yoga Jeans qu'elle sait faire «de la qualité à bon prix».

Par rapport à l'an dernier, les ventes - confidentielles - de Vêtements Wazana (le nom officiel de l'entreprise) ont bondi de plus de 25 %. «Jamais je n'aurais cru que c'était si avantageux de contrôler sa production. C'est un modèle que je recommande», lance son président, qui peut rêver davantage d'expansion internationale, puisqu'il ne dépend plus de la capacité de production d'une tierce partie.

D'ailleurs, il est en train de développer le marché européen (une entente en France est imminente) et prévoit élargir sa base de clients dans le sud des États-Unis en 2013.

En plus de coudre ses Yoga jeans dans l'usine qu'il vient de racheter, Eric Wazana a convaincu jusqu'ici quatre détaillants canadiens de lui confier la production de leur marque privée de jeans. «Un modèle qui a du sens», croit-il, car son usine prouve avec ses produits qu'elle sait faire «de la qualité à bon prix».